Hôtel Les Deux Girafes
Ce qui nous a convaincus ici, c'est le bar : un cabinet de curiosités donnant...
Babel Belleville ne cherche pas à se faire discret sur sa rue : il s'affiche comme un « hôtel de quartier », une appellation que son fondateur Joris Bruneel et la cheffe Claire Feral-Akram, franco-afghane, ont pensée comme un engagement plutôt qu'un argument marketing. L'établissement s'approvisionne chez les commerçants de Belleville — la Brûlerie de Jourdain pour le café, la brasserie Belleville, les primeurs Le Zingam — et embauche en priorité des habitants du secteur. Une salle reste même disponible en cas de besoin ponctuel pour le voisinage, un détail qui en dit plus sur l'esprit du lieu que n'importe quelle brochure.
Ce qui distingue Babel, c'est la cohérence entre le discours et le geste : un hôtel qui revendique son ancrage local ne se contente pas d'un mur de briques apparentes et d'une carte de quartier à l'accueil, il construit une vraie chaîne d'approvisionnement et une politique d'embauche qui tiennent la route. La décoration, signée Daphné Desjeux, assume un métissage référentiel — hacienda, tente saharienne, saloon — sans jamais verser dans le pastiche touristique, et le bar du lobby, pensé comme un lieu de passage autant que d'hébergement, ouvre l'hôtel sur la rue plutôt que de l'en couper.
Belleville n'est pas le Paris carte postale, et c'est précisément ce que l'hôtel assume. Le quartier, longtemps populaire et multiculturel, a gardé ses marchés, ses ateliers d'artistes et une diversité de cuisines qui, de la Chine au Maghreb en passant par l'Afrique de l'Ouest, en fait l'un des terrains les plus vivants de l'est parisien. Installer un hôtel ici plutôt que dans le Marais ou à Saint-Germain, c'est parier sur un Paris qui se vit au ras du trottoir plutôt que depuis une terrasse à touristes, à quelques minutes à pied du Canal Saint-Martin et des Buttes-Chaumont.
Prix : €€
Vibe : hôtel de quartier, décontracté et engagé, sans prétention
Chambres : 31 chambres, sans télévision
Best For : voyageurs curieux de Belleville, séjours courts en solo ou à deux
Our Favorite Thing About the Hotel : le bar du lobby ouvert sur la rue, point de rencontre autant que salon d'hôtel
Dining : restaurant sous verrière, cuisine inspirée de la route de la Soie
Amenities : bar, restaurant, lobby communautaire, accessible, pet-friendly
Attractions : marchés de Belleville, Parc de Belleville, Canal Saint-Martin à pied
Les 31 chambres se répartissent en trois palettes — ocre, terre cuite, vert d'eau — et misent sur des matières qui vieillissent bien plutôt que sur l'effet waouh : miroirs martelés, lampes en terre cuite faites à la main, salles de bain ouvertes sur la pièce. L'absence de télévision est un choix assumé, pas un oubli budgétaire : Babel préfère que ses clients sortent dans le quartier plutôt qu'ils ne restent rivés à un écran, et la décoration de Daphné Desjeux, entre hacienda mexicaine et tente saharienne, donne à chaque chambre un caractère qui tranche avec l'uniformité des chaînes hôtelières. Un parti pris qui ne conviendra pas à tout le monde, mais qui a le mérite d'être cohérent avec le reste du projet.
Sous la grande verrière du restaurant, le chef Sofiane Sadi Haddad construit un menu qui suit la route de la Soie, de l'Europe au Moyen-Orient puis à l'Asie : aubergine confite, babka au pesto, ceviche aux épices levantines. Tous les neuf mois environ, la cuisine s'ouvre à un chef invité du Refugee Food Festival, un principe de rotation qui renouvelle la carte et donne de la visibilité à des cuisiniers réfugiés venus d'horizons variés. C'est rare de trouver, dans un hôtel de cette taille, une politique culinaire aussi clairement énoncée — et aussi régulièrement tenue dans la durée.
Babel Belleville ne joue pas la carte du grand luxe, et ce n'est pas son objectif : c'est une adresse pour qui veut dormir dans un quartier qui vit encore pour ses habitants, avec un service attentif et une table qui mérite le détour même sans réservation d'hôtel. Pour un séjour parisien qui sort des sentiers battus du centre, Babel offre un point d'ancrage honnête, cohérent du sol au plafond, et suffisamment singulier pour qu'on s'en souvienne après coup.
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